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Au Louvre : remonter le temps

Remonter le temps jusqu’au contour, au Louvre

De l’Allemagne, Giotto e compagni et L’art du contour : Le dessin dans l’Egypte ancienne, ces trois expositions qui se tiennent en ce moment au Louvre paraissent n’avoir rien en commun, et pourtant, le plaisir que l’on prend à chacune d’elles établit de l’une à l’autre un lien de continuité. La première, consacrée à l’Allemagne de 1800 à 1939, dans le Hall Napoléon, suit une démarche historique avec, dès l’abord, après le célèbre portrait de Goethe par Tischbein (1787), quelques toiles romantiques imitant les Italiens, puis les motifs assez lourds d’Arnold Böcklin (1827-1901). On est heureux de voir et de revoir des œuvres de Paul Klee (1879-1940), de Käthe Kollwitz (1867-1945), d’Otto Dix (1891-1869) ou de Max Beckmann (1884-1950), mais aussi de découvrir, en ce qui me concerne tout du moins, les dessins très précis, très humains, voire humanistes, d’Adolph von Menzel (1805-1905). La juxtaposition d’œuvres de Caspar David Friedrich (1774-1840) et de tableaux de peintres de son temps permet de saisir la particularité de cet artiste, qui effectue en quelque sorte une synthèse de la lumière, se diffusant dans toute la toile à partir d’un centre spirituel.
N’étaient les très hautes marches qui nous séparent de la Salle de la Chapelle, le lien est établi avec Giotto. L’exposition s’ouvre avec le célèbre tableau représentant Saint François recevant les stigmates. On suit le peintre dans ses déplacements en Italie. Le tableau le plus surprenant est sans doute celui qui fut exécuté par ses assistants napolitains. Les rouges, très vifs, ressortent sur le fond sombre de la Crucifixion. Les silhouettes se découpent sur la scène ouverte du tableau. Dans la prédelle figurant des scènes de la vie de Saint François, les silhouettes, celles des oiseaux notamment, saisissent leur contour sur l’or du fond dans la splendeur de l’instant.
On redescend, jusqu’à l’entresol, dans l’aile Richelieu, pour trouver sans doute l’exposition la plus originale et la plus émouvante des trois. « Le thème du dessin, tel qu’on peut l’observer dans l’art égyptien au temps des pharaons », nous dit Guillemette Andreu-Lanoë dans l’Introduction au catalogue, « n’a encore jamais été traité dans une exposition. » Y sont montrés les différents types de dessin : ébauches, croquis préparatoires, études, œuvres composées pour elles-mêmes, copies. On y détaille toutes les étapes du travail, de l’esquisse au bas-relief. Les dessins les plus attachants sont ceux qui sont exécutés pour le plaisir, sur de la pierre, tout particulièrement : le dieu canidé Oupouaout (Catalogue 94a, p. 245) ; une oie dit son fait à un chat (Catalogue 99, p. 251) ; babouin passant (Catalogue 142a, p. 299) ; jeune fille accroupie attisant le feu d’un four (Catalogue 169, p. 321). La ligne est épurée. On pense à certaines estampes japonaises. Les dessins dits « pornographiques » du papyrus de Turin (Catalogue, p. 109) offrent, comme l’écrit Pascal Vernus, « un répertoire de différentes positions et pratiques ». Suivent des parodies animalières : les animaux y vaquent à des occupations humaines. Le tout est du plus grand comique. Les « scribes du contours », ou « écrivains ès formes », appartenant à des dynasties de dessinateurs, ne se limitaient donc pas au dessin hiératique officiel de l’Egypte pharaonique. On trouve aussi, sur les « ostraca », la trace du geste d’un individu, jadis, en des temps si lointains que l’idée même en donne le vertige, mais le dessin, lui, nous est si proche. L’œuvre en sa singularité nous est toujours contemporaine.

Anne Mounic
6 mai 2013

Tous renseignements : http://www.louvre.fr/expositions


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